Trois ans, pour des mots! Par: ASSALE TIEMOKO Journaliste d'investigation

Publié le par Akeulette

La condamnation d’Olivier Tambour à trois années de prison ferme, intervenue quelques jours seulement après son arrestation, interroge profondément notre conscience collective.
Au‑delà d’un cas individuel, c’est un signal grave envoyé à l’ensemble des citoyens : celui d’une parole devenue suspecte, d’une opinion perçue comme une menace, d’un esprit critique assimilé à un danger.
Car de quoi est‑il réellement question ? D’un homme qui a usé de mots, parfois d’ironie, pour évoquer les maux de notre société.
Une démarche que l’on peut discuter, contester, voire encadrer juridiquement. Mais une démarche qui relève avant tout de l’expression d’une opinion, cet espace fondamental sans lequel aucune démocratie ne peut respirer.
Punir si lourdement la parole, c’est risquer d’instaurer la peur là où devrait régner le débat.
Progressivement, le silence s’installe. Non pas un silence apaisé, mais un silence contraint, nourri par la crainte des représailles.
Les citoyens hésitent à parler, à écrire, à questionner. Ils s’interrogent : la liberté d’expression est‑elle encore une réalité partagée, ou devient‑elle un privilège accordé selon des critères invisibles ?
Une société où l’on pense avant de penser, où l’on se censure avant même de s’exprimer, est une société qui s’appauvrit.
Il est légitime pour un État de veiller à l’ordre public et au respect des lois. Mais cette mission ne saurait justifier des sanctions disproportionnées, encore moins l’absence totale de clémence lorsqu’il s’agit d’un délit d’opinion.
La force d’une République ne se mesure pas à sa capacité à faire taire, mais à sa faculté à entendre, à encadrer et à répondre.
La Côte d’Ivoire s’est construite sur des idéaux de dialogue, de pluralisme et de résilience. Elle ne peut se permettre de glisser vers une logique où toute voix critique est perçue comme subversive.
Car étouffer la contradiction, c’est fragiliser le contrat social. C’est priver la nation de ce miroir parfois dérangeant, mais indispensable, que lui tendent ses citoyens.
Préserver la liberté d’expression n’est pas un luxe. C’est une exigence démocratique.
Une République qui craint la parole de ses citoyens affaiblit ses propres fondations. Et une société qui renonce au débat renonce, peu à peu, à elle‑même.
ASSALE TIEMOKO
Journaliste d'investigation
Fondateur de "L'Elephant Dachaine".
assaletiantoine@gmail.com
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Trois ans, pour des mots! Par: ASSALE TIEMOKO Journaliste d'investigation
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