MA PETITE PENSÉE DU JOUR - N*6 : La Côte d’Ivoire ne deviendra pas un pays développé par miracle: Par Jean Bonin

Publié le par Akeulette

MA PETITE PENSÉE DU JOUR - N*6 : La Côte d’Ivoire ne deviendra pas un pays développé par miracle ; elle le deviendra par rupture.
L’histoire du développement est cruelle pour les peuples qui refusent de la regarder en face. Aucun pays ne s’est développé par la foi, la colère ou la nostalgie, mais par des décisions froides, rationnelles et souvent impopulaires. La Côte d’Ivoire n’est ni une exception historique ni une anomalie économique. Elle est simplement à la croisée des chemins.
En 1960, la Côte d’Ivoire, la Corée du Sud et le Vietnam étaient tous des pays pauvres, essentiellement agricoles, faiblement industrialisés.
En 1960, le revenu par habitant de la Corée du Sud était inférieur à celui de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, la Corée du Sud dépasse 35 000 dollars de PIB par habitant, quand la Côte d’Ivoire oscille autour de 2 500 dollars. La différence n’est ni culturelle ni génétique. Elle est stratégique.
La Corée du Sud a fait trois choix clairs :
1. Investir massivement dans l’éducation scientifique et technique.
2. Protéger temporairement son industrie tout en l’exposant à la concurrence mondiale.
3. Subordonner le politique à une vision économique de long terme.
Pendant ce temps, la Côte d’Ivoire a privilégié la stabilité par la rente, repoussant sans cesse l’industrialisation réelle.
Dans les années 1980, le Vietnam sortait d’une guerre dévastatrice, avec un PIB par habitant inférieur à celui de la Côte d’Ivoire. Quarante ans plus tard :
- le Vietnam est devenu un atelier industriel majeur de l’Asie, exportant électronique, textile, composants industriels ;
- la Côte d’Ivoire exporte toujours majoritairement du cacao brut.
Le Vietnam a compris une chose essentielle : la pauvreté n’est pas une excuse à l’inefficacité institutionnelle. Il a mis en place une administration technocratique, orientée vers l’exportation, la formation et la discipline budgétaire.
Le Rwanda n’a ni mer, ni ressources naturelles majeures, ni marché intérieur significatif. Mais il a :
- une administration numérisée,
- une tolérance quasi nulle à la corruption,
- une politique publique fondée sur des indicateurs mesurables.
Résultat, en vingt ans, le Rwanda a amélioré son climat des affaires, attiré l’investissement, structuré le tourisme, les services et la logistique régionale.
La Côte d’Ivoire, pourtant infiniment plus dotée, avance encore trop souvent sans boussole stratégique claire.
Le Maroc n’est pas un pays riche en ressources naturelles. Mais il a fait un choix décisif : s’insérer intelligemment dans les chaînes de valeur mondiales : industrie automobile (Renault, Stellantis), aéronautique, logistique portuaire (Tanger Med)…
Le Maroc n’a pas attendu d’être riche pour industrialiser ; il a industrialisé pour devenir plus riche.
Tous les pays qui se sont développés partagent cinq constantes :
1. Une vision nationale claire sur 20 à 30 ans.
2. Un État stratège, non clientéliste.
3. Une priorité absolue à l’éducation technique et scientifique.
4. Une administration disciplinée et compétente.
5. Une culture de l’effort, du temps long et de la responsabilité.
Aucun slogan souverainiste, aucun discours enflammé, aucune prière n’a jamais remplacé ces fondamentaux.
La Côte d’Ivoire peut devenir un pays développé. Elle a la démographie, la position géographique, les ressources, le marché régional. Ce qui lui manque encore, ce n’est pas l’argent ni l’intelligence, mais le courage collectif de rompre avec les demi-mesures.
Le développement n’est ni un droit acquis ni une récompense morale. C’est une décision politique, économique et culturelle, répétée chaque jour, sur plusieurs décennies.
 
Jean Bonin
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