Dans mon post précédent, j’ai remis en cause le raisonnement de ceux qui sont pour la légalisation de la polygamie en CIV et brandissent « nos traditions africaines » comme horizon ultime : Théophile Kouamouo

Publié le par Akeulette

Dans mon post précédent, j’ai remis en cause le raisonnement de ceux qui sont pour la légalisation de la polygamie en CIV et brandissent « nos traditions africaines » comme horizon ultime. J’ai évoqué des choses comme l’esclavage, le servage, les rites de veuvage (que pas grand monde ne peut défendre sans honte aujourd’hui) pour leur signifier que toute « tradition » n’est pas bonne. Et j’en ai vu s’en prendre à moi sur le thème « non, l’esclavage n’est pas une tradition africaine, il a été importé ». J’ai lu d’autres commentaires du style « avant la colonisation il n’y avait pas d’orphelinats ». Et Cheikh Anta Diop par ci et par là. Mes contradicteurs ne se rendent peut-être pas qu’ils répandent un mythe raciste, construit par les explorateurs et les philosophes européens du temps de « la rencontre ». Il s’agit du mythe du « bon sauvage », proche de l’enfant et de l’animal, n’obéissant qu’à ses instincts de conservation de l’espèce, donc dépourvu de malice - et d’intelligence. Dire « le mal c’est les autres », ça peut donner l’impression de s’octroyer une supériorité morale « naturelle ». Mais c’est un piège philosophique. Les êtres humains sont égaux. Tous capables du meilleur comme du pire.

En plus, cette idéalisation de la « tradition », présentée comme faisant partie de l’essence des Africains, comme présente depuis l’éternité et devant être révérée en tant que telle, ça aussi, c’est une construction raciste. Que disait Nicolas Sarkozy ? « Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. » Mes contradicteurs disent la même chose que lui, qui s’inspirait du philosophe Hegel.

Et puis la tradition c’est quoi, sinon le choix de pérenniser ce qui a d’abord été une innovation, et qui a répondu aux défis des temps qui en ont fait une tradition ? La « grosse » polygamie est par exemple prisée dans les sociétés agraires caractérisées par une centralisation de la terre parce qu’elle donne à celui qui a plusieurs épouses des mains qui peuvent travailler et assurer la prospérité d’un groupe. La « petite » polygamie est souvent un moyen social d’absorber le vieillissement et la baisse d’efficience des hommes et des femmes dans des sociétés caractérisées par le travail manuel, et de maintenir lez veuves dans le clan, la famille de leur défunt époux. Quand la société change, certaines traditions perdent en pertinence. Pourquoi les Maghrébins ou l’es Indonésiens sont moins enclins à la polygamie que les Subsahariens musulmans ? Parce qu’ils se sont adaptés pardi.

 

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