ARTICLE DE MEDIAPART,  PAR: FANNY PIGEAUD

Publié le par Akeulette

ARTICLE DE MEDIAPART,  PAR: FANNY PIGEAUD

L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo définitivement acquitté par la CPI

1 AVRIL 2021 PAR FANNY PIGEAUD

Laurent Gbagbo, jugé depuis janvier 2016 devant la Cour pénale internationale pour « crimes contre l’humanité », a été acquitté, tout comme son co-accusé Charles Blé Goudé. C’est la fin d’un dossier très politique, marqué dès son départ par des ingérences françaises et des irrégularités juridiques assumées par le procureur de la Cour de l’époque.

La Cour pénale internationale (CPI) a définitivement refermé le dossier de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Les juges de la chambre d’appel réunis à La Haye ont confirmé mercredi après-midi l’acquittement de l’ancien président de la Côte d’Ivoire et de son ministre de la jeunesse. Ils ont rejeté les arguments avancés par la procureure, Fatou Bensouda, qui contestait leur acquittement prononcé en première instance en janvier 2019, et demandait un nouveau procès.

Les deux hommes, présents à cette audience et dont le procès avait commencé en janvier 2016, étaient à l’origine poursuivis pour des crimes contre l’humanité supposément perpétrés en Côte d’Ivoire en 2010 et 2011.

Il s’agit « d’un moment important pour la Côte d’Ivoire : le président Gbagbo a toujours dit que le processus judiciaire permettrait de faire advenir la vérité. La décision d’aujourd’hui va dans le sens d’une véritable réconciliation », a déclaré dans un communiqué l’équipe de défense de Laurent Gbagbo.

« C’est la victoire de la justice sur l’injustice, de la vérité sur le mensonge. Il était temps de mettre fin à cette procédure qui n’aurait jamais dû avoir lieu, tant elle s’est déroulée dans des conditions inacceptables au niveau de la justice. Nous nous sommes battus pendant des années pour que la vérité soit, et aujourd’hui elle a été dite », a réagi Seri Zokou, l’un des avocats de Charles Blé Goudé.

Laurent Gbagbo le 6 février 2020 devant la chambre d’appel de la CPI. © Jerry Lampen/ANP/AFP

Laurent Gbagbo le 6 février 2020 devant la chambre d’appel de la CPI. © Jerry Lampen/ANP/AFP

C’est la fin de la plus grosse affaire traitée jusqu’à présent par la CPI, puisque c’était la première fois qu’elle jugeait un ancien chef d’État. C’est aussi la conclusion d’une procédure viciée depuis ses débuts. Comme l’a montré Mediapart, le dossier ouvert en 2011 contre l’ancien président ivoirien a été marqué par des irrégularités juridiques et des ingérences de la part des autorités françaises.

Dans un entretien qu’il avait accordé à Mediapart en mai 2017 depuis sa prison, Laurent Gbagbo avait lui-même parlé d’un procès politique, expliquant que les présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient systématiquement saboté sa présidence, dès son élection, en octobre 2000.

Arrêté à Abidjan il y a tout juste dix ans, le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo était accusé par le procureur de la CPI d’avoir conçu avec son entourage un « plan commun » pour lui permettre de garder le pouvoir, d’avoir utilisé les forces de défense et de sécurité contre les populations civiles lors de la crise postélectorale de 2010-2011 qui l’a opposé à Alassane Ouattara, et d’être responsable de la mort d’au moins 167 personnes.

Les juges de première instance ont estimé que cette thèse était « un théorème fragile et non plausible, reposant sur des bases instables et douteuses », un « récit caricatural et déséquilibré ». Les témoins de l’accusation « ont les uns après les autres systématiquement affaibli, lorsqu’ils n’ont pas complètement décrédibilisé, la thèse qu’ils étaient “censés” soutenir », avait souligné le président du tribunal, Cuno Tarfusser, parlant de « l’exceptionnelle faiblesse » de la preuve du procureur.

Nombre des milliers de documents produits par Fatou Bensouda (et fournis pour la plupart par les autorités ivoiriennes actuelles) étaient « d’authenticité douteuse », avait fait aussi observer le juge Tarfusser. C’est lui qui, lassé par cette procédure coûteuse, avait fortement suggéré, en février 2018, aux équipes de défense de renoncer à l’audition de leurs témoins et de déposer une demande de non-lieu, ce qu’elles avaient fait.

Huit mois après l’acquittement prononcé en janvier 2019, Fatou Bensouda, absente à l’audience de ce mercredi, avait interjeté appel en septembre 2019, soutenant que les juges avaient commis des erreurs de droit et de procédure.

Laurent Gbagbo, 75 ans, a passé plus de sept ans en détention provisoire. Fait exceptionnel, il a été, tout comme Charles Blé Goudé, remis en liberté sous conditions après son acquittement : à la demande de Fatou Bensouda, il avait été assigné à résidence. Il vit depuis en Belgique, tandis que Charles Blé Goudé est resté à La Haye. L’ex-chef d’État souhaite rentrer en Côte d’Ivoire, où il reste très populaire et continue d’être une figure politique qui compte. Encore faut-il que le président Ouattara accepte son retour.

Maintenant que ce dossier est bouclé, la CPI devrait pouvoir ouvrir un procès pour juger les crimes présumés du camp Ouattara. Fatou Bensouda, qui quitte son poste en juin, a régulièrement déclaré qu’il fallait que « les auteurs de crimes dans les deux camps rendent des comptes ». La crise postélectorale de 2010-2011 a fait 3 000 morts, selon un chiffre officiel vraisemblablement très en deçà de la réalité.

Parmi les crimes attribués aux troupes levées à l’époque par Alassane

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